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SON & LUMIERES


Hier c’était jour de La Bonne Mère Cyclo Classic (troisième du nom) proposée et organisée par Gabriel Refait et le Houblons Sauvages Randonneurs Club et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on a été servi question « son & lumières »…


Ce serait évidemment mentir que de dire que je participe souvent à des événements de cyclisme. Les quelques participations passées ne me laissent aujourd’hui que de maigres et insipides souvenirs et rares sont les événements contemporains qui me donnent envie de m’inscrire. Certainement la raison même du pourquoi je ne cesse d’inventer des histoires à rouler (et partager) dehors depuis quelques années.


L’avant, le pendant et l’après


« L’avant » d’un bon événement c’est toujours le temps passionné de la préparation. On peaufine son vélo et sa panoplie tout en scrutant la météo. Pour ce dimanche 26 septembre, le ton est donné : ce sera « classique » (La Bonne Mère Cyclo Classique) et « épique » (averses orageuses et risque de grêle sont annoncées). Après avoir roulé en juin 2020, au sortir du confinement I, sur Gitane Sprint 1978 la 2ème Bonne Mère Cyclo Classic, c’est le tour cette année du Peugeot PR 10 1977, lui aussi intégralement restauré par Dynamo Cycles Repairs. Pour la panoplie, ce sera donc le maillot blanc « TOM 67 » frappé des deux Union Jack sur les épaules complété des sobres, classiques et techniques cuissard, gilet et veste de pluie Rapha de coloris noir. Troisième élément d’importance et de passion après le vélo et la panoplie : la carte (certain(e)s diront « la map ») ! Quelques jours avant l’événement, Gabriel nous a transmis l’itinéraire / le parcours sous forme de fichier .gpx tracé par ses soins sur Komoot. N’étant pas utilisateur de cette « application » (je lui préfère historiquement et fidèlement Strava) et appartenant à une génération biberonnée aux cartes dites « d’état-major », outils essentiels pour tous les randonneurs, j’ouvre le lien transmis sur mon ordinateur et m’empresse de retranscrire le parcours au feutre vert sur l’une de mes nombreuses cartes de la région « Aix-Marseille ». Ouvrir une carte, c’est déjà voyager. C’est aussi commencer à rêver et je dois reconnaître que l’évocation / le tracé du Col Sainte-Anne entre Mimet et Allauch, ancienne route et col qui me sont inconnus, suffisent à aiguiser instantanément ma curiosité, mon envie de découverte. Avant même de m’élancer, je sais déjà que ce sera là le point d’orgue de l’événement en partance (en matière de cinéma on parle de « climax »)…


« Le pendant » d’un bon événement c’est idéalement le temps des délices. Ceux de la rencontre (et/ou des retrouvailles) de ses compagnons et compagnes d’itinérance, de la découverte des paysages, des aléas techniques, des conditions météorologiques évolutives, des lieux improbables, des forces et rebonds du mental, du lâcher prise, de l’observation et du « Goût des autres ». Peu avant 08H30, je descends le Cours Mirabeau, mon van stationné sur les hauteurs d’Aix-en-Provence. Je passe devant « Les deux Garçons » en travaux ou certains noms dont celui de Giono signent la bâche de protection. Plus bas je découvre que le Café de Paris s’est donné des airs ratés du tropézien Sénéquier. Arrivé tout en bas, au bar Le Festival, plus d’un an après ma participation (en juin 2020) à la seconde Bonne Mère Cyclo Classic, c’est pour moi une sorte de rentrée des classes. Je retrouve en effet quelques têtes connues l’an passé (ou il y a plusieurs années) dont celle de Benoit, aka « Ernest » Schackleton à la très exclusive chemise à imprimé cartographique et au K-Way non plus rouge mais vert. Il y a là aussi parmi les premiers présents Jean-Charles, aka « Pouf le Cascadeur » et son fils ébéniste et braseur d’acier (de cadre de vélo) à ses heures perdues venus de la voisine Toulon, Julien Camy, talentueux Réalisateur entre autres du documentaire « Le Roi mélancolique, la légende de René Vietto », Patrick Van den Bossche et sa randonneuse Bernard Carré bleu ciel, fondateur, testeur et animateur infatigable du site Bike Café ainsi qu’un fier propriétaire d’un Pinarello rouge époque Deutsche Telekom et élégant porteur d’un maillot de laine de Champion d’Italie. Arrivent rapidement, tour à tour, les différents autres protagonistes du jour dont quatre qui joueront cette troisième représentation de la Bonne Mère Cyclo Classic en tandem. Un duo masculin et un duo féminin. De la quarantaine annoncée d’acteurs et actrices, c’est finalement une troupe de vingt-sept cyclistes qui se met en route depuis la Fontaine de la Rotonde sous un ciel gris clair, non menaçant. Je me dis naïvement que l’on pourrait bien avoir la chance finalement de « passer entre les gouttes »… La traversée de Luynes s’effectue sans encombre jusqu’au pschitt de la première crevaison, cruel son d’une fuite d’air annonciatrice -nous ne le savons pas encore, de très nombreuses autres. Julien et son cyclo-cross d’époque ayant repris le peloton, c’est à mon tour de percer sur un tesson de verre vert sur la très sale et grasse bande cyclable de la D7 à l’approche de Gardanne. Je regarde filer le peloton et commence le rapide changement de chambre de ma roue arrière après avoir soigneusement enlevé le micro tesson de la bande de roulement de mon pneu Michelin Dynamic Classic. Quelques minutes seulement après le début de réparation, c’est la précieuse voiture « Photos » officielle (BICYCLES & PHOTOGRAPHY) d’Olivier Garcia qui s’arrête à ma hauteur, m’offrant l’opportunité d’un regonflage rapide et sans effort à l’aide d’une pompe à pied. La roue remontée je me relance en chasse-patate non pas intercalé entre l’échappée et le peloton mais décroché à l’arrière du peloton. Je me dis qu’avec un peu de chance je devrais bénéficier d’un probable arrêt photo au sommet du Col Sainte-Anne pour renouer avec le peloton et finalement je souris dès l’entrée de Gardanne en apercevant le peloton stoppé par son patron pour m’attendre. Par la suite, pareil séquençage de « stop and go » ne manquera pas de se répéter en regard de la grosse dizaine de crevaisons cumulées entre Aix et Marseille. Gardanne derrière nous, la route se redresse en direction du petit village de Mimet. Le ciel s’assombrit rapidement au Nord et l’on mesure que l’orage ne manquera de nous rattraper avec les premières grosses gouttes qui commencent à tomber. Dans Mimet, on oblique à gauche au panneau indicateur « Col St Anne / Notre-Dame-des-Anges ». Consigne est donnée par Gabriel de passer au plus vite le Col tant désormais l’orage et ses nuages d’encre bleu nuit menacent. En véritables « cavaliers de l’orage » (1) on galope aussi vite que possible sur la petite route qui devient rapidement « la piste oubliée » (2). Les bourrasques de vent et de pluie nous fouettent et les premiers coups de tonnerre grondent alors que nous basculons au sommet du col. Le tandem féminin tout de capes vêtu se hisse sur la piste de graviers jusqu’au col sous les applaudissements du peloton et les claquements de la foudre qui frappe les environs tous proches. Au col, c’est un véritable spectacle son & lumières avec pour toile de fond l’un des plus beaux -si ce n’est LE plus beau- panorama sur Marseille (dans lequel on aperçoit la Bonne Mère). Chacun(e) sort son habit de lumière pour tenter de se protéger dans la descente d’une pluie qui commence à se densifier jusqu’à se déverser sous forme de rideau, de torrent, de cascade. Plus bas, Eric patiente abrité sous un pin, trempé et transis dans son maillot Dilecta Kamomé héritage. La descente tourne à « Délivrance » (3). On y crève, s’y trempe, s’arrête, se glace, chemine et s’y dit que « la Bonne Mère » pourrait bien tourner court… Allauch ? Non mais Allauch quoi ? (4) C’est le déluge qui semble désormais s’abattre sur nous alors que nous approchons des faubourgs d’Allauch cernés par les éclairs qui touchent terre à quelques mètres et les coups de feu du stand de tir tout proche. Dans l’ultime rampe d’accès au village d’Allauch, sans freins ou presque tant les patins trempés de mon Peugeot peinent à ralentir la rotation des roues, j’ai l’impression de dévaler en hydrospeed une cascade, les mains solidement accrochées au creux de mon cintre, serrant de toute force les leviers Mafac et priant la « Bonne Mère »…

À Allauch, on perd deux unités dans le peloton par trop transis de froid, dont le porteur du maillot arc en ciel PEUGEOT. On mesurera en fin de journée qu’un champion du monde peut en cacher un autre…

Alors que l’orage semble vouloir nous offrir un court mais glacial répit, Gabriel nous invite à venir se réfugier et se réchauffer au « Cercle des Amis », véritable cercle de la République Libre et Autonome d’Allauch qu’il vient de trouver à quelques mètres de notre zone d’échouage et dont lui seul a le secret pour s’en faire ouvrir grand la porte ! Dans la Chaîne de l’Étoile et à l’approche du Garlaban, en entrant dans Le Cercle des Amis Réunis, avec le patron la cigarette aux lèvres et les « amis » solidement accoudés au bar, au Ricard et à l’accent chantant, on entre dans un roman de Marcel Pagnol. « Demi », « Pastis », « Mauresque » s’enchainent autour qui d’un sandwich, qui d’une pizza ou bien même d’un poulet rôti (complet !) tiré du sac pour le passager du tandem masculin ! Plus tard, vient le temps des chocolats chauds -« un record en nombre depuis des années » s’écrit le sympathique et joyeux patron du Cercle- et des « double expressos ». Plus d’une heure plus tard dans ce joyeux et très convivial bar « marseillais », à la chaleur humaine sans égal ou peut-être si, celle d’« un cagnard à faire évaporer la mer » (5) , la pluie a désormais cessé et vient l’heure de repartir. Après un rapide sondage du moral du peloton et la « consultation des sages », Gabriel sonne le départ et la poursuite de la trace telle que prévue, sans rogner le Col de la Gineste.

Le peloton reprend la route et chemine maintenant vers Aubagne « sous le Garlaban couronné de chèvres ». Viennent ensuite Carnoux-en-Provence et Cassis puis la seconde difficulté du jour, le Col de la Gineste. Je profite du léger dénivelé pour effectuer une remontée du peloton tout en prenant le temps d’échanger avec Ernest autour de ses projets Their Nest et Cyclopast. Juste après la bascule de La Gineste, on effectue un regroupement et quelques photos collectives avec vue sur les Calanques, Luminy, les Baumettes et Marseille. Il est proche de 17 heures et « Les Mondiaux » sont dans les derniers kilomètres. Julien nous annonce « douze secondes d’avance pour Julian Alaphilippe devant un groupe de poursuivants ». Le temps de dévaler la Gineste et à l’obélisque de Mazargues l’émotion est trop forte pour que Jean-Charles ne puisse s’exprimer : un champion du Monde peut en cacher un autre. Julian (Alaphilippe), « en patron », s’impose sous nos yeux en Flandre, sur le smartphone de Julien. C’est l’esprit heureux, sous un soleil retrouvé et guidé par le local de l’étape Matthieu Lifschitz, aka « Manivelle », que l’on peut désormais remonter la corniche et son folklore de scooters en roue arrière, de puissantes allemandes à double, voire quatre, sorties de pots, de zig-zags et autres rodéos sur deux ou quatre roues dans des volutes de RAP et de R’N’B’ (après une ultime crevaison devant le David de la roue arrière de la randonneuse de Gabriel) puis s’élever jusqu’à Notre-Dame-de-la-Garde. Là-haut, face aux Îles du Frioul, face aussi au Château d’If d’Edmond Dantès puis avec le Mucem du Rudy Ricciotti en arrière scène, une dernière photo de groupe et la toile de fond, de fin, de cette 3ème Bonne Mère Cyclo Classic peut tomber alors que l’un des Gardiens de Notre-Dame-de-la-Garde entame la fermeture des portails. « À tous les naufragés ensevelis dans le linceul des flots ». Dernier tour d’horizon, des Baumettes au Quartier Nord. Stillwater (6)…

Sortie Strava enregistrée, viennent maintenant la descente du quartier Vauban pour le peloton en direction de Saint-Victor puis la remontée express via le Vieux-Port de La Canebière jusqu’au Longchamp Palace. On stationne contre les façades et sous les échafaudages les vélos, les uns contre les autres, sous les yeux de marseillais et marseillaises branché(e)s attablé(e))s qui regardent quelque peu éberlués l’arrivée de notre peloton bigarré. Pintes d’origines diverses et autres Picon bières peuvent désormais couler à flot alors que chacun(e) aimerait pouvoir retarder la nuit qui vient et l’heure du retour comme pour mieux savourer et prolonger les délices de cette journée « à bicyclette » (7) jusqu’à se « sentir pousser des ailes » « sur les petits chemins de terre ».


En discutant avec Matthieu, je me rends compte que la pénombre s’installe et cette fois ce n’est pas l’orage qui menace mais la nuit qui débarque. 19H15, j’enfourche le Peugeot et mets le cap sur la Gare Saint-Charles ou « l’après » d’un bon événement. Je me résigne à remettre le masque et entre dans la gare qui fourmille, gronde. 20H38, premier TER pour Aix-en-Provence avec pour terminus Gardanne puis liaison en Car. Près d’une heure à attendre. Je ressors, tombe le masque, jauge dans le ciel l’espace-temps avant la nuit noire (8) -et pour cause je n’ai aucun phare / éclairage sur mon Peugeot- et me décide en quelques secondes de rentrer à vélo jusqu’à Aix-en-Provence pour y retrouver mon van avant le retour jusqu’à Cavaillon. Descente vers la Joliette puis remontée par Les Arnavaux vers les quartiers Saint-Louis et Saint-Antoine. Dans la longue remontée vers les quartiers Nord et Septèmes-les-Vallons, Marseille m’offre l’un de ses spectacles favoris, ceux dont elle est la seule à avoir le secret. Dans un halo clignotant de lumières bleues, des pompiers s’affairent à La Viste autour d’une scène de carambolage. L’une des deux voitures est sur le toit, en pleine rue, issue fatale d’un énième rodéo urbain ou d’une folle course poursuite.

Arrivé à La Rocade, un certain retour au calme s’installe et je poursuis ma longue remontée de la D8N en direction de Bouc Bel Air (9). Avec la nuit noire désormais bien installée, je place ma musette sur mon profil droit afin de dégager le large panneau des poches arrières au tissu réfléchissant de mon maillot : mon unique visibilité. Pour mon plus grand salut, la route de Marseille à Aix bénéficie quasi intégralement d’un éclairage public. Je ne suis plongé dans l’obscurité totale que dans le court secteur passant sous l’autoroute entre Bouc-Bel-Air et Luynes. Pas d’autre choix que de foncer en priant de ne pas rencontrer le moindre nid de poules ! Plus loin, la lumière retrouvée, j’aperçois les lueurs d’Aix-en-Provence. Alors que j’entre en ville, je souffle intérieurement du danger passé. La prochaine fois, je serai plus prévoyant en emportant une paire d’éclairage au cas où, au cas d’une nouvelle « route de nuit » (10). Alors que je remonte vers Cavaillon désormais au volant et non plus au guidon, je repense à cette belle journée de vélo. Une journée chargée de rencontres, de découvertes et d’émotions.


Un avant, un pendant et un après.

Ce matin j’ai nettoyé mon Peugeot de 1977. Cet après-midi je viens d’écrire ces quelques lignes sur mon iMac. Ce soir, je dévoilerai les logotypes des « BTR / BTT » 2022, d’un « Voyage en Italie » (11) en partance début juin 2022.

Nul doute, comme au Cercle des Amis Réunis d’Allauch, comme hier « sur la route » (12) entre Aix et Marseille, « le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé » (13)…


À tous mes compagnons de peloton de La Bonne Mère Cyclo Classic 2021

Lundi 27 septembre 2021 – Chilkoot House - Cavaillon


(1) Les cavaliers de l’orage – un film de Gérard Vergez (1982) – d’après Deux cavaliers de l’orage – un roman de Jean Giono (1965)

(2) La piste oubliée – un roman de Roger Frison-Roche (1950)

(3) Délivrance – un film de John Boorman (1972)

(4) Allô ? Non mais, allô quoi » - une phrase de Nabila (2013)

(5) Le Marseillais – une chanson d’Abd al Malik (2008)

(6) Stillwater - un film de Tom McCarthy (2021)

(7) La bicyclette – une chanson d’Yves Montand (1968)

(8) La Nuit Noire – collectif Fixed Gear Cycling de Montpellier

(9) Bouc Bel Air – un album et une chanson de Louis Chedid (2001)

(10) Route de nuit - une émission de France Inter et un album Michel Vaillant de Jean Graton (1962)

(11) Voyage en Italie – un livre de Jean Giono (1953)

(12) Sur la route – un livre de Jack Kerouac (1957) et un film de Walter Salles (2012)

(13) Into the Wild – un livre (d’une histoire vraie) de Jon Krakauer (1996) et un film de Sean Penn (2007)




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